Les journalistes doivent-ils se mettre au vert ? « Sûrement », répondent à l'unanimité les représentants de plusieurs organisations environnementales ayant participé à une rencontre-débat qui a réuni des journalistes et une militante écologistes.
Organisée récemment par la Mission culturelle française et l'AFEJ (Association DES francophone de journalisme) au Centre culturel français de Beyrouth, la rencontre a réuni notre collaboratrice Suzanne Baaklini, Raghida Haddad, rédactrice en chef exécutive de la revue al-Bia wal-Tanmiya, lauréate du prix de journalisme Earth Journalism Award, Pascale Saad Choueiri, directrice générale de la revue Beyond, activiste écologique et conseillère de la communication au ministère de l'Environnement, et Sawsan Abou Fakhreddine, directrice de l'Association pour le développement et la conservation des forêts (AFDC). Le débat était dirigé par Elsa Yazbek Charabati, présidente de l'AFEJ.
« Le propre des problèmes environnementaux, c'est qu'ils ne diminuent pas, mais s'aggravent avec le temps, notamment en l'absence d'une décision politique, remarque ainsi Suzanne Baaklini. Le fond du problème reste la relation de tout un chacun à l'environnement, que ce soient les citoyens ou les décideurs, qui n'ont pas encore trouvé une harmonie dans la relation avec l'environnement. »
Insistant sur le rôle « fondamental » du journaliste pour « informer de la manière la plus complète possible » l'opinion publique et la sensibiliser sur les problèmes de l'environnement, Suzanne Baaklini note que « les dossiers environnementaux sont politiques et politisés ». Et d'insister sur les défis que rencontrent les journalistes, notamment « l'accès à l'information, le Liban n'étant pas un pays où on nous facilite la tâche ». Quant à l'opinion publique, « elle devient plus réceptive, mais nous ignorons si une action suivra », conclut Suzanne Baaklini.
Raghida Haddad a, pour sa part, partagé son expérience au pôle Nord, dans le cadre d'un reportage qu'elle avait réalisé en juillet-août 2008 sur la fonte des glaciers, après avoir gagné un concours organisé à cet effet par la Fédération internationale des journalistes scientifiques. « J'avais écrit plusieurs articles sur la fonte des glaciers, mais je n'ai réalisé l'ampleur et la gravité du problème qu'après avoir vu de mes propres yeux, confie-t-elle. J'étais sur un bateau canadien avec à son bord cinquante experts qui étudiaient le changement climatique. Malheureusement, l'équipe ne comptait pas d'experts arabes, sachant que la région arabe sera la plus affectée par le changement climatique. »
Pascale Saad Choueiri a, quant à elle, appelé à « adopter une attitude positive et à entreprendre une action pour sauvegarder l'environnement ». Expliquant qu'elle avait décidé de se lancer dans un magazine écologique après avoir été témoin de la catastrophe environnementale résultant des incendies qui ont ravagé les forêts libanaises en 2006, elle raconte qu'une carrière a été fermée à Aïn Dara, dans le Chouf, suite à un reportage que deux de ses journalistes ont mené, non sans avoir été agressés et arrêtés par les propriétaires de cette carrière.
De son côté, Sawsan Abou Fakhreddine a expliqué qu'en 2007, l'AFDC a mené une enquête pour calculer les pertes au niveau de la couverture végétale. Les résultats ont montré que 1 000 à 3 000 hectares, soit 1 % des forêts, ont été ravagés durant les incendies de 2006. « Si le rythme actuel est maintenu, les forêts deviendront dans une vingtaine d'années une monnaie rare au Liban, surtout avec le changement climatique, déplore-t-elle. Par ailleurs, le reboisement des forêts devient de plus en plus difficile. La majorité des initiatives n'est pas suivie. » Sawsan Abou Fakhreddine conclut en lançant un appel pour sauvegarder les 13 % restants de la couverture végétale.
Les participants à ce débat ont convenu de la nécessité que les médias accordent un plus grand espace aux problèmes de l'environnement.
N. M.
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