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September 14, 2010

l'Orient-le-Jour - Aux imprécations de Jamil Sayyed, Saad Hariri répond par un énigmatique silence - 14 septembre 2010

La situation
Alors que les médias continuent de retentir des imprécations de Jamil Sayyed, qui ne pardonne pas à Saad Hariri de l'avoir détenu en prison quatre années durant, les milieux politiques s'interrogent sur la raison du silence que continue d'observer le Premier ministre à ce sujet et qu'il pourrait briser aujourd'hui à son retour d'Arabie saoudite.
De tels propos, soutiennent les observateurs, peuvent sérieusement entamer la popularité du Premier ministre s'ils restent sans réponse, dans la mesure où l'opinion publique arabe est sensible à tout ce qui porte atteinte à l'honneur de l'autre, ou au respect dû aux morts.

Or, Jamil Sayyed a poussé l'arrogance jusqu'à demander au Premier ministre de « déplacer les cendres de son père » du lieu « usurpé » où il est enterré, allant même jusqu'à le menacer de mort, si les tribunaux ne lui rendaient pas justice.
Selon une personnalité juridique citée par l'agence al-Markaziya, qui a demandé à garder l'anonymat, les menaces de mort de Jamil Sayyed devraient, normalement, lui valoir des poursuites judiciaires et peut-être la prison. Et de préciser que le parquet devrait immédiatement engager des poursuites contre l'ancien directeur de la Sûreté générale.
« Ses propos, a affirmé la source citée, ne sont pas ceux d'un homme responsable. Normalement, il devrait en être très conscient. »
Toutefois, selon cette source, rien ni personne ne peut suspendre ou arrêter le Tribunal spécial pour le Liban, pas même le chantage exercé par l'opposition contre « le complexe politique, médiatique et sécuritaire, officiel et officieux, comprenant des personnalités et des forces politiques » qui, selon elle, « a fabriqué les faux témoins ».

Pris au piège ?
Le Premier ministre est-il tombé dans un piège, en se confiant au quotidien saoudien al-Chark al-Awsat ? C'est ce que pensent certains de ses alliés, au vu de l'extraordinaire virulence de la campagne qui a suivi la publication de ses propos et des similitudes que revêt cette campagne avec celle qui a suivi les propos du député Samy Gemayel.
Prenant le contrepied de cette campagne, le chef du Rassemblement démocratique, Walid Joumblatt, a volé hier au secours du Premier ministre, dénonçant implicitement l'exploitation éhontée qu'en font le Hezbollah et ses alliés, et s'interrogeant sur ses justifications.
Dans les milieux du 14 Mars, on affirme qu'il y a, dans la situation actuelle, un reflet du « double jeu » joué par la Syrie au Liban. Selon ces milieux, ce double jeu se traduirait par une sorte de « message » adressé par Damas au Premier ministre, par l'intermédiaire de Jamil Sayyed, en dépit de l'ombrelle saoudienne, et d'un contre-message adressé au Hezbollah par le biais des propos féroces tenus par le député Okab Sakr contre l'ancien directeur de la Sûreté générale, propos qui bénéficient d'une « couverture politique certaine ».
En tout état de cause, ajoutent ces milieux, le 14 Mars répondra demain au véritable « coup d'État du Hezbollah contre un million et demi de Libanais » et adoptera une véritable « feuille de route » pour y faire face.
Bonne nouvelle dans ce paysage tourmenté : la rencontre à Dimane entre le chef de l'Église maronite et le leader de Zghorta, Sleimane Frangié. Si l'image de chef des Marada en a été rehaussée, il reste que cette rencontre a également permis au patriarche maronite de souligner que l'emballement de la machine médiatique du Hezbollah contre Samy Gemayel a des relents répressifs et totalitaires qu'aucun chrétien ne saurait accepter, à quelque camp qu'il appartienne.
Par ailleurs, les observateurs ont noté que M. Frangié a affirmé qu'il ne suivra pas son allié Michel Aoun dans ses attaques contre le président de la République. Ils ont relevé la différence notable d'attitude qui le distingue du chef du CPL sur cette question.
À la partie d'échec létale qui se déroule en ce moment se joindra aujourd'hui un nouvel ancien joueur, Jean-Claude Cousseran, attendu à Beyrouth venant de Damas. Le président syrien Bachar el-Assad a souligné hier à l'endroit de l'émissaire français l'« importance d'une coordination » avec la Turquie dans les efforts destinés à relancer le processus de paix.
Mais on n'oublie pas que M. Cousseran, qui a été notamment ambassadeur à Damas, Ankara et Le Caire, avait déjà été envoyé en 2007 comme émissaire à Beyrouth et à Damas en vue de dénouer la crise libanaise.

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