La députée Sethrida Geagea a dénoncé hier les
failles du projet de loi lié à la protection de la femme contre la violence
domestique, et plus particulièrement de la mouture à laquelle a abouti la
sous-commission chargée de discuter le projet. Mme Geagea a défini sa position
sur ce plan au cours d’une conférence de presse au Parlement, en présence des
députés Chant Chinchinian et Élie Keyrouz, membres du bloc parlementaire des
Forces libanaises, et d’une représentante de la Commission européenne.
Mme Geagea a affirmé que la chrétienté et l’islam insistent, tous les deux, sur
la dignité de la femme, sur l’égalité de cette dernière avec l’homme et sur
leur refus de toute pratique inhumaine à son égard. Sethrida Geagea s’est ainsi
basée sur les propos du pape Jean-Paul II, concernant l’égalité des droits
entre l’homme et la femme. Mais aussi sur la position de l’islam concernant la
femme et la violence pratiquée contre elle. « Une position résumée,
estime-t-elle, par l’uléma chiite Mohammad Hussein Fadlallah, le 27 novembre
2007, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la violence envers la
femme ». Ce jour-là, l’uléma avait observé que « la femme continue
d’être victime de violence, malgré toutes les avancées sociales réalisées sur
ce plan ». Il avait aussi souligné que « l’islam n’autorise pas
l’homme à pratiquer la violence envers la femme, que ce soit au niveau de ses
droits légaux contractés lors de son contrat de mariage, de son expulsion du
domicile conjugal, ou par le biais d’insultes, d’humiliations ou autres propos
durs à son égard ». Mohammad Hussein Fadlallah avait déclaré « que ce
genre de comportement était un péché sanctionné par la loi musulmane ».
Mme Geagea n’a pas hésité à demander pourquoi, à l’heure où le dossier de
l’égalité entre l’homme et la femme est sur le tapis, « on ploie devant la
protection de la femme contre le viol conjugal, pratiqué par son époux ».
« Est-il normal qu’en 2012, dans notre démocratie qui consacre dans sa
Constitution l’égalité entre les citoyens, nous acceptions qu’il y ait des
femmes violentées et humiliées, voire même tuées, par leurs époux, leurs
parents, leurs frères ou leurs fils ? » s’est interrogée la députée FL.
S’exprimant en son nom, mais aussi au nom du parti et du bloc parlementaire des
Forces libanaises, la députée a fait part de sa « détermination à retirer
son représentant, le député Chant Chinchinian, de la sous-commission, au cas où
la mouture finale du projet de loi décevrait les attentes de la femme
libanaise ».
Sethrida Geagea a, de plus, affirmé que le bloc parlementaire des FL s’accroche
« à la mouture originale du projet de loi sur la protection des femmes
contre la violence domestique ». Et d’indiquer que « le projet de loi
a été initialement élaboré pour protéger la femme contre la violence
domestique » et que « tout changement de titre ou d’intitulé, qui
transformerait ce projet en un projet de protection de la famille contre la
violence, est un refus de voir la réalité et une volonté d’occulter les droits
de la femme ». Mme Geagea a aussi insisté sur la nécessité de
« criminaliser toute forme de violence envers la femme, et plus
spécifiquement du viol conjugal qui n’est pas criminalisé par le code pénal
libanais ». Elle a enfin jugé nécessaire de « criminaliser la
violence économique pratiquée à l’égard de la femme, qui consiste à la
confiscation de ses biens au sein de sa famille, que ce soit son héritage ou
son salaire ».