The Lebanese Center for Human Rights (CLDH) is a local non-profit, non-partisan Lebanese human rights organization in Beirut that was established by the Franco-Lebanese Movement SOLIDA (Support for Lebanese Detained Arbitrarily) in 2006. SOLIDA has been active since 1996 in the struggle against arbitrary detention, enforced disappearance and the impunity of those perpetrating gross human violations.

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April 10, 2012

L'orient Le Jour - Un cameraman d’al-Jadeed, Ali Chaabane, tué par des tirs de l’armée syrienne à Wadi Khaled, Mardi, Avril 10, 2012


Sleiman et Mikati réclament à Damas une enquête ; Tahsin Khayat : Le régime a commis un crime prémédité.
Un cameraman de la chaîne de télévision al-Jadeed, Ali Chaabane, a été tué hier à Wadi Khaled par des tirs à la frontière avec la Syrie où il se trouvait avec deux de ses confrères, le reporter Hussein Khreiss et le cameraman Abed Khayat. S’abstenant d’abord de donner des précisions sur l’origine des tirs, la télévision al-Jadeed a fini par accuser l’armée syrienne d’avoir tué le cameraman alors qu’il était en reportage dans la zone.
« Le cameraman de la chaîne a-Jadeed, Ali Chaabane, a été tué par des tirs de l’armée syrienne sur la voiture d’al-Jadeed », pouvait-on lire sur un bandeau au bas de l’écran de cette télévision.
Le journaliste Hussein Khreiss, qui se trouvait avec le cameraman au moment de l’incident, a affirmé en direct que « les tirs venaient du territoire syrien ». Il a insisté sur le fait que l’équipe avait un permis de filmer et n’a, à aucun moment, traversé la frontière vers la Syrie. « Nous avions salué les gardes-frontières syriens », a-t-il même indiqué. « Peu après, nous avons entendu des tirs nourris », a-t-il ajouté. Visiblement très ému, il a ajouté qu’Ali Chaabane, 30 ans, n’avait pu sortir de leur voiture, dans laquelle il a péri. « Ali était au volant, près de Abed. Je me tenais debout près du véhicule, où je revoyais mes notes. Nous nous apprêtions à quitter les lieux, quand les tirs ont commencé. J’ai pu, avec Abed et le guide qui nous accompagnait, fuir les tirs en rampant. Ali est resté en voiture, touché au cœur. Je l’ai vu rendre le dernier soupir. J’implore le pardon de ses parents, pour n’avoir pu le sauver. » Mais les tirs ininterrompus ont duré au moins deux heures, empêchant l’armée libanaise de secourir son collègue immédiatement. Ce dernier a péri presque sur-le-champ avant d’atteindre l’hôpital Notre-Dame de la Paix à Kobeyat. Une patrouille de l’armée s’est ensuite déployée sur le lieu de l’incident. En outre, le procureur général près la cour de cassation, le juge Saïd Mirza, a ordonné de retirer la voiture et chargé l’avocat général près la cour d’appel du Nord, le juge Tarek Bitar, d’examiner le véhicule pour le besoin de l’enquête.

Sleiman et Mikati
C’est la première fois qu’un journaliste est tué à la frontière entre les deux pays et les réactions se sont multipliées hier pour dénoncer cet incident, d’autant que les journalistes agressés se trouvaient à l’intérieur du territoire libanais.
Le président de la République Michel Sleiman ainsi que le Premier ministre Nagib Mikati ont condamné le décès du cameraman et exprimé leurs condoléances par téléphone au PDG d’al-Jadeed Tahsin Khayat. Ils ont également réclamé une enquête à Damas. Le président Sleiman a ainsi invité « la partie syrienne à déterminer les responsabilités et prévenir la répétition de telles attaques à l’avenir ». Le Premier ministre a, pour sa part, publié un communiqué qui « condamne les tirs du côté syrien sur l’équipe de journalistes libanais (...) Nous allons informer la partie syrienne que nous condamnons cet acte inacceptable et réclamons une enquête sur cette agression ». Pour sa part, le président du Parlement Nabih Berry a fait part de ses condoléances par téléphone au père de Ali Chaabane ainsi qu’à la télévision al-Jadeed, sans commenter l’incident. Mais M. Khayat a fermement affirmé hier, à travers la chaîne al-Jadeed, que « l’attaque contre l’équipe de journalistes n’était pas un hasard. La densité des tirs dirigés contre le véhicule prouve qu’il s’agit d’une attaque préméditée et nul besoin d’une enquête de la part des autorités syriennes pour le confirmer ».

Le 8 Mars
Reste que le Hezbollah a tenu à exprimer, dans un communiqué, sa « profonde tristesse de la mort du cameraman d’al-Jadeed », dénonçant « l’attaque contre des journalistes qui paient le prix de leur courage dans la couverture des événements ».
Parmi les autres figures du 8 Mars, l’ancien Premier ministre Omar Karamé a publié un communiqué appelant « à entamer l’enquête afin de dévoiler les détails de cet incident douloureux ». Le leader des Marada Sleimane Frangié a appelé à « l’ouverture d’une enquête sérieuse pour élucider les contours de ce crime ». Le chef du Parti démocratique libanais Talal Arslane a exprimé ses condoléances à Tahsin Khayat, « se désolant de pareils actes contre les médias ».

Hariri : Le gouvernement, seul responsable de « cet acte abominable »
Toutefois, pour l’ancien Premier ministre Saad Hariri, c’est au gouvernement qu’incombe la responsabilité de cette « attaque abominable des forces armées syriennes » contre les journalistes. Qualifiant cet incident d’« atteinte à la souveraineté du Liban », M. Hariri a rappelé que « le gouvernement a fermé les yeux sur une série d’attaques et d’incursions incessantes qu’opèrent les forces syriennes depuis des mois sur le territoire libanais. Aucune mesure n’a été prise pour les contrer ». Le chef du bloc du Futur le député Fouad Siniora a dénoncé pour sa part « les tirs perpétrés contre Ali Chaabane, qui avaient clairement pour but de le tuer, au seul motif d’exercer un contrôle arrogant, qui méprise l’autorité de l’État libanais ».
C’est dans ce sens que le député du bloc du Futur Samir el-Jisr a réclamé au gouvernement de « se tenir à l’écart de sa politique de distanciation à l’égard des atteintes répétées du régime de Damas contre la souveraineté libanaise ».

Geagea et Gemayel
En outre, le leader des Forces libanaises Samir Geagea a appelé à « l’ouverture d’une enquête (...) et au contrôle des frontières libano-syriennes, et surtout à la protection des libertés et des journalistes ». Il a exprimé ses condoléances à la famille de Chaabane et d’al-Jadeed, espérant que « cet attentat ne freine pas leur lutte pour la liberté et l’objectivité ».
De son côté, le leader des Kataëb Amine Gemayel a dénoncé « l’attaque contre l’équipe d’al-Jadeed ». « Il est nécessaire que le gouvernement contrôle, par le biais de ses services, les frontières libano-syriennes, afin d’empêcher la répétition de pareils incidents ». Le Renouveau démocratique a également condamné « le décès de Ali Chaabane aux mains des forces syriennes », exigeant une prise de position ferme de la part du gouvernement. Alors que le député Nidal Tohmé a affirmé que « le meurtre n’apporte à ses auteurs qu’un destin malheureux », son collègue Hadi Hobeiche a prévenu « des répercussions très dangereuses de cette attaque ».

 
« Attaque contre la presse libre »
Par ailleurs, les parties et organisations impliquées dans le travail journalistique ont vivement dénoncé l’incident. D’abord, le ministre de l’Information Walid Daouk a condamné « ce crime abject qui touche au secteur des médias ». Il a appelé néanmoins les journalistes à « se conformer aux directives des forces de sécurité lorsqu’ils se trouvent dans des zones sensibles ». De son côté, le vice-président du Conseil national de l’audiovisuel Ibrahim Awad s’est rendu au siège de la télévision al-Jadeed, où il a exprimé ses condoléances à Mariam Bassam et Karma Khayat, la fille du PDG d’al-Jadeed Tahsin Khayat, qu’il a également contacté par téléphone.
En outre, l’ordre des journalistes a dénoncé l’incident et réclamé « le respect du travail sacré de la presse, qui sert la vérité ». De même, le club de la presse a rappelé que « le martyr ne fera qu’affermir la détermination de la presse libre dans l’accomplissement de son devoir ». Pour sa part, le syndicat des photographes a déclaré que « les journalistes et cameramen sont des messagers qui transmettent les soucis des gens, et qu’on ne peut traiter comme une partie à un litige ». Le syndicat des fonctionnaires de Télé-Liban a appelé, par communiqué, à « garder les médias à l’abri des conflits, lorsqu’ils effectuent leur mission ».

La société civile dénonce...
Le centre SKeyes pour les libertés médiatiques et culturelles a appelé les services de l’État à « assurer une protection réelle aux journalistes qui risquent leur vie pour transmettre l’information », soulignant « la nécessité de mener une enquête précise et transparente sur les circonstances du décès de Ali Chaabane ». L’association Journalistes contre la violence a également dénoncé « les tirs délibérés de l’armée syrienne aux frontières », la décrivant comme « une attaque criminelle (...), un attentat qualifié, qui rappelle les tentatives du régime baassiste de faire taire les médias libres, pour garder sous silence ses crimes continus contre les deux peuples libanais et syrien ». La Fondation des droits de l’homme et du droit humanitaire (FDHDH) a dénoncé « la double atteinte à la liberté de la presse et à la souveraineté nationale », exprimant son scepticisme quant à la réalité du contrôle des frontières par les services de sécurité compétents. L’association Maharat a appelé les autorités à « entamer une enquête qui élucide les circonstances de l’attaque contre l’équipe d’al-Jadeed ».

Les versions OTV et SANA
Alors qu’un collègue du cameraman tué affirmait qu’il « était de ceux qui aimaient la Syrie et ne méritait pas d’être touché par une cartouche syrienne », la chaîne télévisée OTV prétendait, dans une tentative de justifier l’incident, que « la voiture de l’équipe d’al-Jadeed ne portait aucune indication sur son appartenance professionnelle ». En outre, l’agence syrienne d’information SANA a apporté sa version de l’incident, selon laquelle « l’équipe d’al-Jadeed se trouvait dans une région frontalière exposée aux tirs des groupes terroristes armés contre les gardes-frontières syriens ». « Les journalistes se sont trouvés, semble-t-il, au cœur d’un échange de tirs entre ces terroristes et les gardes-frontières », ajoute l’agence, citant une source médiatique syrienne.

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