LA SITUATION Le compte à rebours a commencé. Fixé en principe à mercredi prochain, le débat sur le financement du Tribunal spécial pour le Liban sera déterminant, puisqu’il y va pratiquement de la survie de l’actuel gouvernement. On le sait déjà : les positions des ministres du Hezbollah et du CPL restent intransigeantes et aucune surprise n’est à prévoir de ce côté-ci, les deux formations ayant clairement laissé savoir qu’elles objectent jusqu’au principe même du financement. Le chef du CPL a même été jusqu’à remettre en cause l’ensemble du fondement du TSL, qu’il considère comme illégal et anticonstitutionnel, du fait que son adoption a été faite en occultation notamment de l’article 52 prévoyant l’aval du chef de l’État pour un accord de ce type.
Toujours est-il que la création de l’instance internationale sous les effets du chapitre VIII de la Charte des Nations unies est désormais un fait accompli dont le Premier ministre ne pourra se départir quelles que soient les positions affichées par les membres de l’exécutif. Pris entre l’enclume et le marteau, M. Mikati devra trouver une issue à une situation inextricable : sauver son gouvernement tout en s’acquittant de ses engagements internationaux, une équation dont l’issue n’est autre, selon les forces du 14 Mars, que la démission face à l’intransigeance connue des deux partis chiites et des aounistes qui seront de toute évidence soutenus par leurs alliés du 8 mars. Ce sont donc en tout 19 ministres qui, en cas de vote en Conseil des ministres, rejetteront la proposition.
Or le chef du gouvernement l’a dit et répété à maintes occasions : la démission n’est pas envisagée. Pourtant, M. Mikati sait pertinemment que son image, voire le prestige de la présidence du Conseil ne pourront être sauvegardés s’il venait à se plier aux desiderata de la majorité des membres de son gouvernement qui vont de toute évidence à l’encontre des engagements pris par le Liban auprès de la communauté internationale.
Les milieux proches du Premier ministre confient pour leur part que M. Mikati, qui refuse à ce jour de dévoiler sa position, ne veut absolument pas assumer seul la responsabilité d’un tel dossier. Le chef du gouvernement entend rejeter la balle dans le camp des différentes composantes de son gouvernement, arguant du fait qu’il leur revient de définir quel Liban elles veulent, et assumer par conséquent les répercussions de leur décision, notamment si le pays du Cèdre devait être mis à l’index par la communauté internationale.
Selon une source digne de foi, le Premier ministre n’aura d’autre choix que de démissionner tout en poursuivant sa mission à la tête d’un gouvernement chargé de la gestion des affaires courantes, puisqu’il sera impossible dans l’état actuel des choses de former un nouveau cabinet. Selon cette même source, le Premier ministre est conscient de la difficulté de la situation dans laquelle il se trouve, mais n’a pas d’autre issue que de rendre son tablier même s’il persiste à affirmer le contraire. C’est ce que confirment certaines voix au sein du 14 Mars qui sont montées hier au créneau, prédisant la chute de l’actuel gouvernement.
« Nous sommes parfaitement convaincus que le tribunal poursuivra ses activités que le Liban paye ou s’abstienne », a indiqué le vice-président du Parlement, Farid Makari. « Quant au sort du gouvernement, a-t-il ajouté, il tombera de lui-même et rien ne sert de déployer des efforts dans cette direction », a-t-il dit. Selon lui, l’échéance est arrivée à terme et démontrera prochainement la crédibilité des engagements faits par les présidents Sleiman et Mikati.
Quant à la demande d’une avance au Trésor faite par M. Mikati auprès du ministre des Finances en vue du versement par le Liban de sa part à l’instance judiciaire, elle n’est autre qu’une mesure pour se donner bonne conscience auprès de l’opinion publique, estime de son côté le député du courant du Futur Jamal Jarrah, qui a invité le Premier ministre à démissionner.
Pour Ahmad Fatfat, l’avance réclamée au Trésor « n’est autre qu’une fuite en avant ». « Nous témoignons aujourd’hui d’une mise en scène qui n’a d’autre objectif que de gagner du temps », a-t-il relevé.
Autant de positions en flèche qui ne sont que des échantillons de ce qui se trame au sein des milieux de l’opposition d’ici à dimanche prochain, date à laquelle se tiendra un meeting oratoire organisé par les forces du 14 Mars, à Tripoli. La manifestation s’annonce d’ores et déjà houleuse et, de toute évidence, ne ménagera pas le chef du gouvernement.
L’énigme autour de la pérennité du gouvernement reste, jusqu’à l’heure, entière. À moins que la visite du président du TSL au Liban, le juge David Baragwanath, ne soit porteuse de nouveaux éléments qui pourraient aplanir le terrain devant Nagib Mikati, d’ici à mercredi prochain.

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