The Lebanese Center for Human Rights (CLDH) is a local non-profit, non-partisan Lebanese human rights organization in Beirut that was established by the Franco-Lebanese Movement SOLIDA (Support for Lebanese Detained Arbitrarily) in 2006. SOLIDA has been active since 1996 in the struggle against arbitrary detention, enforced disappearance and the impunity of those perpetrating gross human violations.

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November 24, 2011

L'orient le jour- La famille Sabbak vit dans l’espoir de revoir Élie, enlevé il y a 29 ans , November 24, 2011

Par Nada MERHI





Le sort de milliers de Libanais – et de ressortissants arabes – disparus durant la guerre civile et la période qui l’a suivie, sous la tutelle syrienne au Liban, reste inconnu. Pour que ce dossier vieux de plus de trente ans ne reste pas occulté et relégué aux oubliettes, « L’Orient-Le Jour » relatera chaque semaine le témoignage d’un parent en quête de la vérité sur le sort d’un disparu.
Élie al-Sabbak avait 18 ans lorsqu’il a été enlevé sur « un barrage du mouvement Amal à Aïn el-Rehban (dans la très haute montagne sur la route entre Zahlé et Mrouj), un poste que dirigeait alors Mahmoud Abou Hamdan (député chiite de Baabda en 1991 et de Rachaya – dans la Békaa-Ouest, en 1992, 1996 et 2000, puis ministre de l’Habitat et des Coopératives entre 1992 et 1998, NDLR) ». C’était en septembre de l’année 1983. Élie al-Sabbak, originaire de Zahlé, se rendait à Beyrouth où il espérait décrocher un travail. « C’était à une époque où les rapts se faisaient sur base de l’appartenance confessionnelle. Il a été enlevé parce qu’il était chrétien », se rappelle son père, Ibrahim, un septuagénaire à la santé fragile.
Au début, le Mouvement Amal a reconnu « avoir enlevé Élie, mais il l’aurait remis aux autorités syriennes pour éviter tout embarras ultérieur », précise Melhem, son frère aîné. « C’est alors que les officiers syriens ont enclenché leur opération marchandage, poursuit-il. On réclamait à mes parents 200 dollars par-ci, 500 ou 1 000 dollars par-là, pour soi-disant les aider à le voir. Le marchandage a duré plusieurs années, au cours desquelles nous avons perdu tous nos biens et mes parents n’ont jamais réussi à voir Élie. »
« Regardez comment nous vivons », renchérit Wadad, en désignant une minuscule mezzanine située dans un immeuble à Horch Tabet, qui sert de chambre à coucher, de cuisine, de salon, de chambre de séjour et de toilettes. « Nous vivons ici depuis près de quatorze ans, ajoute-t-elle. Mon mari dort sur le palier, même quand il fait froid. Nos enfants ne peuvent pas subvenir à nos besoins. Nous vivons tant bien que mal. »
Élie est le cadet d’une famille formée de trois fils et une fille. Depuis son enlèvement il y a vingt-neuf ans, ses parents n’ont pas pu avoir de ses nouvelles. « Nous avons su par un ancien détenu, également originaire de Zahlé, que mon frère serait à la prison de Palmyre, raconte Melhem. Ils ont été ensemble à la prison de Sednaya avant d’y être transférés. Il nous a donné beaucoup de détails sur mon frère et sur d’autres prisonniers aussi. Ce sont les seules informations que nous avons pu avoir de lui. »
La famille Sabbak vit dans l’espoir de revoir Élie. « Je sens qu’il est toujours en vie, mais Dieu seul sait quand nous le rencontrerons à nouveau. Nous l’attendons », confie le père.
« Je ne fais pas confiance à notre gouvernement ni à nos hommes politiques, reprend-il au bout de quelques minutes. Ils nous abreuvent de promesses qu’ils ne sont pas à même de tenir ! Lorsque (feu) Élias Hraoui a été élu président, j’ai été le voir et je lui ai demandé de m’aider à retrouver mon fils. Il m’a répondu qu’il n’était pas en bons termes avec la Syrie !
Pouvez-vous croire cela ?
De qui se moquait-il ? Hélas, nos hommes politiques ne nous reconnaissent que durant la période des élections ! » Et Ibrahim al-Sabbak de se demander : « Que fait notre gouvernement ?
(Le chef du Courant patriotique libre) Michel Aoun a été quatre fois en Syrie. Pourquoi n’a-t-il pas réclamé la libération de nos détenus ? Lui-même a des soldats en Syrie. Ne désire-t-il pas connaître leur sort ? »
« Moi, je veux connaître celui de mon fils, lance Wadad. S’il est encore vivant qu’on me le rende, sinon qu’on me donne ses restes. Que nous en finissions. Nous sommes fatigués. Notre attente a duré trop longtemps. »
« Le dossier a été exploité par nos hommes politiques, déplore à son tour Melhem. Le sit-in permanent (qu’observent les parents des détenus et disparus libanais dans les prisons syriennes, dans le jardin Gibran Khalil Gibran, place Riad el-Solh, au centre-ville de Beyrouth depuis le 11 avril 2005, NDLR) était une excellente initiative et aurait pu bien servir notre cause. Malheureusement, nos responsables en ont tiré profit dans des buts politiciens. Ils se rendaient sur les lieux de sit-in pour soi-disant soutenir la cause. Mais les choses n’ont jamais dépassé le stade des discours. En dehors du sit-in, ces responsables ne reconnaissaient plus le dossier, comme s’ils n’en étaient pas concernés. Combien de fois ont-ils été en Syrie, pourquoi n’ont-ils jamais revendiqué la vérité ? Les parents les croyaient et espéraient un dénouement heureux à leur cause. Certains même sont tombés malades tellement ils sont minés par la tristesse. Mon père l’a été. Il a été admis en urgence à l’hôpital où il a passé deux semaines aux soins intensifs. Il avait un taux de glycémie qui frôlait les 1 800 mg/dl. Le médecin ne croyait pas ses yeux. Il a par la suite été opéré du cœur. Tout cela est dû au stress et à la tristesse qu’il endure depuis l’enlèvement de mon frère. Que nos responsables arrêtent d’exploiter les sentiments des gens. Cela suffit ! »

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