Par Jeanine JALKH | 07/03/2011
« Il faut saisir le momentum, et aller dans le sens de l'histoire que viennent de forger devant nous deux révolutions réussies : celles de la Tunisie et de l'Égypte. C'est maintenant ou jamais. » C'est ce qu'affirme Diab Abou Jahjah, l'un des fondateurs du mouvement laïc ayant pour thème « Le peuple veut la chute du régime confessionnel ».
Lancé officiellement il y a une vingtaine de jours, le mouvement laïc, qui comprend de multiples sous-groupes soulevant une trentaine de revendications sous le label d'un État laïc, a commencé à se préciser sur Facebook, à l'instar des mouvements de soulèvements populaires dans certains pays de la région. Proclamé à l'initiative de plusieurs milliers de jeunes Libanais exprimant leur ras-le-bol du système en place et de ses conséquences désastreuses en termes de confessionnalisme, de corruption, de clientélisme et de misères sociales, le mouvement n'a cessé de s'amplifier depuis sa fondation, rassemblant aujourd'hui près de 30 000 adhérents sur le seul Facebook.
Tirant leur courage et leur détermination de la victoire des deux grands mouvements populaires en Tunisie et en Égypte, ces jeunes entendent braver les leaders confessionnels de manière pacifiste et démocratique, tout en exprimant leur refus catégorique de s'aligner sur la polarisation actuelle qui divise le pays.
Certes, les revendications de changement de régime, de Constitution et de réformes socio-économiques s'énoncent pêle-mêle, et les recettes du changement sont encore imprécises quant aux priorités, mais la détermination y est, ponctuée par une énergie et une prise de conscience aiguë de la nécessité d'en finir avec le régime libanais en place.
Hier s'est tenu à l'Unesco le premier forum ouvert organisé par le groupe qui a déjà marqué ses premiers pas dans des manifestations symboliques, pour mettre un peu d'ordre dans cette dynamique et rationaliser ses actions pour l'avenir. Près de 600 participants, des jeunes en majorité, sont venus soutenir ce nouvel effort de changement et applaudir frénétiquement aux propositions d'organisation et de planification formulées à tour de rôle par les activistes. Si l'agenda d'action et les comités exécutifs sont encore en voie de formulation, l'objectif principal autour duquel semble tomber d'accord cette foule de réformateurs est bel et bien unanime : en finir une fois pour toute avec le système confessionnel qui a causé tant de guerres, de divisions, de polarisation et de séquelles sociales que le peuple libanais ne saurait plus supporter.
Autre constante qui revient sur toutes les lèvres : pas de récupération politique cette fois-ci, même si toutes les classes sociales et tendances politiques sont invitées à rejoindre le mouvement, à la seule condition de laisser au vestiaire leurs affiliations passées et leur allégeances confessionnelles.
« Pourquoi s'attaquer au système confessionnel ? Tout simplement parce qu'il constitue une excuse pour une classe politique qui s'est enlisée dans la corruption menant le pays à la guerre et à la médiocrité à plus d'une reprise », rétorque Diab Abou Jahjah qui relève l'absence totale d'une identité nationale crédible et unificatrice que ces jeunes tentent de réhabiliter, pour et au nom de la citoyenneté. Après avoir annoncé la série des revendications, les orateurs se sont succédé à la tribune pour exprimer à tour de rôle leur aspiration à un État laïc qui, pour certains, passe nécessairement par la refonte de la Constitution, et pour les autres par des statuts personnels civils, ou pour d'autres encore par l'abolition du confessionnalisme politique et la chute pure et simple de toute la classe politique en présence, responsable de tous les maux du pays.
« Nous devons œuvrer pour une Constitution laïque car nous voulons un État séculier qui respecte la liberté des religions », clame un activiste.
« Nous ne sommes pas là pour jouer aux leaders ni pour convoiter le pouvoir. Nous avons déjà appris la leçon de nos gouvernants et devons éviter de faire comme eux. Nous sommes là pour édifier un nouvel État non confessionnel », scande un autre.
« Cela fait soixante ans que j'attends ce moment, pour voir un mouvement laïc se mettre en place », poursuit un homme, la soixantaine, qui peine à calmer son émotion.
Les voix de plusieurs activistes de gauche ont fait, à leur tour, écho aux formules de laïcité prônées par le rassemblement.
« J'appartiens au Parti laïc démocrate, et cela fait trente-cinq ans que nous luttons pour parvenir à ces objectifs. Nous devons absolument parvenir à éliminer le confessionnalisme notamment au niveau des postes administratifs et des positions au gouvernement », renchérit un jeune barbu.
« Le plus important, c'est d'être à l'écoute de l'autre et de respecter l'opinion des uns et des autres », enchaîne un cinquième activiste, qui élève la voix pour se faire entendre dans une salle comble et emballée par les nouvelles perspectives.
Pour Diab Abou Jahjah, c'est précisément ce caractère démocratique et libéral, ainsi que la diversité des milieux ici réunis qui fait la force du mouvement. « Nous ne voulons pas d'autoritarisme au sein de ce mouvement ni de leadership. C'est cette variété de gens et d'opinions qui fait la richesse du regroupement », dit-il.
Les jeunes ne sont toutefois pas moins conscients de la nécessité impérieuse de mettre de l'ordre dans ce qu'ils appellent « un branle-bas constructif », et l'urgence de former au plus vite des comités directoires pour introduire un minimum de rationalisation à l'action prévue.
Quant au profil sociopolitique de cette pléthore de groupuscules rassemblés sous l'égide de la laïcité, il varie entre une majorité de citoyens non partisans, un grand lot de la gauche libanaise et une minorité qui se répartit entre 8 et 14 Mars, « mais qui ont décidé tout simplement de se rebeller contre le système, sans avoir nécessairement abandonné leurs allégeances respectives ». Ces nouveaux laïcs savent d'ailleurs parfaitement que le mouvement ne peut se confiner aux indépendants, et qu'il doit s'étendre pour recruter un maximum de citoyens qui, en l'absence d'un mouvement organisé, n'avait d'autre référence que les partis politiques confessionnels et regroupements communautaires qui existaient. Diab Abou Jahjah est convaincu qu'une fois mise en confiance, une majorité de citoyens viendra rejoindre le rassemblement.
« Bien qu'il soit né sur Internet, ce mouvement ne doit pas avoir la légitimité de Facebook qui n'est pas accessible à l'ensemble des Libanais. Il doit sortir de ce cadre pour s'étendre aux rues », assure M. Abou Jahjah qui reste convaincu que le mouvement prendra de l'ampleur « beaucoup plus vite qu'on ne le croit ».
Désabusée par le pourrissement du régime en place, et par la mainmise implacable du confessionnalisme sur les rouages de la vie politique, sociale et économique, cette jeunesse laïque a regagné aujourd'hui de l'espoir. Celui de pouvoir à son tour enclencher une rébellion contre des leaders qui ne la représentent plus, et amorcer l'édification d'un État laïc et démocratique qui lui ressemble.
Certes, les revendications de changement de régime, de Constitution et de réformes socio-économiques s'énoncent pêle-mêle, et les recettes du changement sont encore imprécises quant aux priorités, mais la détermination y est, ponctuée par une énergie et une prise de conscience aiguë de la nécessité d'en finir avec le régime libanais en place.
Hier s'est tenu à l'Unesco le premier forum ouvert organisé par le groupe qui a déjà marqué ses premiers pas dans des manifestations symboliques, pour mettre un peu d'ordre dans cette dynamique et rationaliser ses actions pour l'avenir. Près de 600 participants, des jeunes en majorité, sont venus soutenir ce nouvel effort de changement et applaudir frénétiquement aux propositions d'organisation et de planification formulées à tour de rôle par les activistes. Si l'agenda d'action et les comités exécutifs sont encore en voie de formulation, l'objectif principal autour duquel semble tomber d'accord cette foule de réformateurs est bel et bien unanime : en finir une fois pour toute avec le système confessionnel qui a causé tant de guerres, de divisions, de polarisation et de séquelles sociales que le peuple libanais ne saurait plus supporter.
Autre constante qui revient sur toutes les lèvres : pas de récupération politique cette fois-ci, même si toutes les classes sociales et tendances politiques sont invitées à rejoindre le mouvement, à la seule condition de laisser au vestiaire leurs affiliations passées et leur allégeances confessionnelles.
« Pourquoi s'attaquer au système confessionnel ? Tout simplement parce qu'il constitue une excuse pour une classe politique qui s'est enlisée dans la corruption menant le pays à la guerre et à la médiocrité à plus d'une reprise », rétorque Diab Abou Jahjah qui relève l'absence totale d'une identité nationale crédible et unificatrice que ces jeunes tentent de réhabiliter, pour et au nom de la citoyenneté. Après avoir annoncé la série des revendications, les orateurs se sont succédé à la tribune pour exprimer à tour de rôle leur aspiration à un État laïc qui, pour certains, passe nécessairement par la refonte de la Constitution, et pour les autres par des statuts personnels civils, ou pour d'autres encore par l'abolition du confessionnalisme politique et la chute pure et simple de toute la classe politique en présence, responsable de tous les maux du pays.
« Nous devons œuvrer pour une Constitution laïque car nous voulons un État séculier qui respecte la liberté des religions », clame un activiste.
« Nous ne sommes pas là pour jouer aux leaders ni pour convoiter le pouvoir. Nous avons déjà appris la leçon de nos gouvernants et devons éviter de faire comme eux. Nous sommes là pour édifier un nouvel État non confessionnel », scande un autre.
« Cela fait soixante ans que j'attends ce moment, pour voir un mouvement laïc se mettre en place », poursuit un homme, la soixantaine, qui peine à calmer son émotion.
Les voix de plusieurs activistes de gauche ont fait, à leur tour, écho aux formules de laïcité prônées par le rassemblement.
« J'appartiens au Parti laïc démocrate, et cela fait trente-cinq ans que nous luttons pour parvenir à ces objectifs. Nous devons absolument parvenir à éliminer le confessionnalisme notamment au niveau des postes administratifs et des positions au gouvernement », renchérit un jeune barbu.
« Le plus important, c'est d'être à l'écoute de l'autre et de respecter l'opinion des uns et des autres », enchaîne un cinquième activiste, qui élève la voix pour se faire entendre dans une salle comble et emballée par les nouvelles perspectives.
Pour Diab Abou Jahjah, c'est précisément ce caractère démocratique et libéral, ainsi que la diversité des milieux ici réunis qui fait la force du mouvement. « Nous ne voulons pas d'autoritarisme au sein de ce mouvement ni de leadership. C'est cette variété de gens et d'opinions qui fait la richesse du regroupement », dit-il.
Les jeunes ne sont toutefois pas moins conscients de la nécessité impérieuse de mettre de l'ordre dans ce qu'ils appellent « un branle-bas constructif », et l'urgence de former au plus vite des comités directoires pour introduire un minimum de rationalisation à l'action prévue.
Quant au profil sociopolitique de cette pléthore de groupuscules rassemblés sous l'égide de la laïcité, il varie entre une majorité de citoyens non partisans, un grand lot de la gauche libanaise et une minorité qui se répartit entre 8 et 14 Mars, « mais qui ont décidé tout simplement de se rebeller contre le système, sans avoir nécessairement abandonné leurs allégeances respectives ». Ces nouveaux laïcs savent d'ailleurs parfaitement que le mouvement ne peut se confiner aux indépendants, et qu'il doit s'étendre pour recruter un maximum de citoyens qui, en l'absence d'un mouvement organisé, n'avait d'autre référence que les partis politiques confessionnels et regroupements communautaires qui existaient. Diab Abou Jahjah est convaincu qu'une fois mise en confiance, une majorité de citoyens viendra rejoindre le rassemblement.
« Bien qu'il soit né sur Internet, ce mouvement ne doit pas avoir la légitimité de Facebook qui n'est pas accessible à l'ensemble des Libanais. Il doit sortir de ce cadre pour s'étendre aux rues », assure M. Abou Jahjah qui reste convaincu que le mouvement prendra de l'ampleur « beaucoup plus vite qu'on ne le croit ».
Désabusée par le pourrissement du régime en place, et par la mainmise implacable du confessionnalisme sur les rouages de la vie politique, sociale et économique, cette jeunesse laïque a regagné aujourd'hui de l'espoir. Celui de pouvoir à son tour enclencher une rébellion contre des leaders qui ne la représentent plus, et amorcer l'édification d'un État laïc et démocratique qui lui ressemble.

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