Le chef du CPL, Michel Aoun, a tiré hier à boulets rouges dans toutes les directions, notamment sur la presse et la table de dialogue, prenant corps et âme la défense du Hezbollah face au document publié la semaine dernière à l'issue des assises chrétiennes de Bkerké.
« L'appel de Bkerké n'est pas important, a-t-il affirmé à ce sujet. Il s'agit d'un procès d'intention, d'accusations générales et de craintes. Tout cela ne fait pas un appel. L'appel ne se fait que lorsqu'il existe un véritable danger qui guette le pays, et nul ne sera jamais plus victime de cette fausse préparation psychologique », a indiqué Michel Aoun à l'issue de la réunion de son bloc parlementaire à Rabieh.
Concernant la séance du Conseil des ministres aujourd'hui, Michel Aoun a estimé que « le cabinet évite d'assumer ses responsabilités », accusant la majorité de chercher à assurer une couverture aux « faux témoins ». « Nous exigeons le vote. Sinon, vous verrez notre réaction le lendemain, ou dans une semaine. Vous en serez témoins en temps dû », a-t-il lancé.
Le général Aoun s'est ensuite lancé dans un panégyrique du Hezbollah, accusant le 14 Mars d'en faire un épouvantail. « Le Hezbollah est le seul parti qui n'a jamais pris part aux conflits internes, alors même que toutes les autres forces ont volé et tué. Il a eu quelques problèmes avec Amal durant les années 80, mais c'était pour des raisons politiques. Le chrétien n'a jamais eu peur du Hezbollah et de l'historique de ce parti, qui est pur. Cet historique est celui d'une résistance. Pourquoi transformer le Hezbollah en épouvantail ? Il n'a jamais fait sauter d'église ou de mosquée, n'a jamais tué ou enlevé personne... Faut-il le craindre parce qu'il est bon ? » s'est interrogé Michel Aoun. Il a ensuite longuement défendu la légitimité des armes du parti, en arguant du droit à la légitime défense qui est stipulé dans la Charte de l'ONU, et a rejeté la théorie selon laquelle le Hezb contrôle la décision de guerre et de paix. « Seuls Israël et les États-Unis possèdent le droit de guerre et de paix, et les voilà qui menacent aujourd'hui la Syrie, l'Iran et le Liban », a-t-il dit.
Les finances n'ont pas échappé non plus à la colère du général Aoun. « À chaque fois que nous parlons d'un milliard de perdu, on nous répond que cela était dû à une erreur, a-t-il indiqué. Les finances sont sens dessus dessous. Le Liban est volé au quotidien, il n'est pas en banqueroute. Il s'agit d'un État mafieux qui ne respecte pas les lois. Il faut les déférer devant les tribunaux parce qu'ils ne respectent pas les lois », a-t-il noté. Et d'ajouter : « Les piliers de l'État sont ébranlés : ni les finances, ni la sécurité, ni la justice ne marchent plus, ce qui crée une sorte de paralysie, comme si le pays allait être sujet à un séisme. Mais nous ne le laisserons pas tomber. Nous le défendrons en mobilisant le peuple libanais. »
Il a par ailleurs affirmé qu'il avait intenté un procès au député Ammar Houri, qui l'avait accusé d'avoir procédé à des détournements de fonds publics durant la période 1988-1990. Il a estimé que cela était le comble de la « décadence morale ». « Ce qu'ils font va nous obliger à exhumer les morts de leurs sépultures pour les juger, parce que leurs crimes se poursuivent à travers leurs héritiers. Si les héritiers ne reconnaissent pas leurs crimes, nous serons obligés d'exhumer les morts. Mais il ne faut pas nous en vouloir pour cela, nous sommes des victimes », a-t-il indiqué.
Michel Aoun a ensuite longuement attaqué la presse et les journalistes, les accusant de décadence morale, d'absence de sens critique et d'avoir été biberonnés à l'autocensure.
La table de dialogue a également été la cible de ses flèches : « Je n'irai pas perdre mon temps à la table de dialogue pour parler de la stratégie de défense. Je suis pour la défense, mais eux ont choisi la reddition et veulent s'adresser à l'ONU. » « J'espère de tout cœur qu'ils vont nous libérer », a-t-il dit, ironiquement. « Je ne suspends pas le dialogue, il est suspendu. Cela fait quatre ans de perdus. Mais êtes-vous satisfaits de cette mise en scène qui se produit une fois tous les deux mois ? » a-t-il ajouté à l'adresse des journalistes.
Estimant qu'il n'avait jamais appelé à la chute du Tribunal spécial pour le Liban, Michel Aoun a déploré que ce dernier soit devenu un instrument « de vengeance ». « S'ils accusent le Hezbollah, nous ferons face. » Il s'en est ensuite pris aux FSI, laissant entendre que ce sont les Américains « qui sont en train de ramener les Syriens au Liban ».
Le général Aoun a également pris bec et ongles la défense du document d'entente avec le Hezbollah, estimant qu'il s'agit d'« une application de la 1559 ». Il a indiqué, dans ce sens, que toutes les initiatives qu'il avait prises depuis 2005 visaient à trouver des moyens d'application de la 1559, notamment dans ses relations avec la Syrie et le Hezbollah. « Avec cela, ils n'ont cessé de dire : Michel Aoun a changé... » a-t-il ajouté.

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