The Lebanese Center for Human Rights (CLDH) is a local non-profit, non-partisan Lebanese human rights organization in Beirut that was established by the Franco-Lebanese Movement SOLIDA (Support for Lebanese Detained Arbitrarily) in 2006. SOLIDA has been active since 1996 in the struggle against arbitrary detention, enforced disappearance and the impunity of those perpetrating gross human violations.

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November 10, 2010

L'Orient le Jour - « False witnesses » : March 8 tempers its ardor - November 10, 2010


Il y a à peine plus de trente-six heures, le tableau politique dans le pays était encore celui d'une ex-opposition se préparant à investir à bord de chars d'assaut la séance du Conseil des ministres prévue aujourd'hui. Hier, ce mirage peu engageant se dissolvait progressivement, à mesure que l'échéance se rapprochait.
Certes, en dépit de « petites phrases » en provenance d'ici et de là, l'objectif déclaré du 8 Mars demeure inchangé : obtenir du pouvoir exécutif que le dossier dit des « faux témoins » soit transféré dès ce jour à la juridiction d'exception, quitte à ce que les membres du gouvernement s'en remettent pour cela à la procédure de vote. Cet objectif a été réaffirmé hier soir à l'issue de la réunion de coordination tenue par les ministres de l'ex-opposition.
Mais un changement sensible est tout de même perceptible : il réside dans la tonalité utilisée. Il ne fait pas de doute à cet égard qu'à la suite des développements survenus ces jours derniers - en particulier le forcing occidental en faveur à la fois de la pérennité du TSL et du maintien de la stabilité au Liban -, le 8 Mars a perdu quelque peu de sa superbe. Les bruits de bottes dont une certaine presse se faisait l'écho haut et fort depuis quelque temps se transforment soudain en chuchotements et les prises de position affichées s'écartent désormais des outrances familières de ces derniers temps.
S'agirait-il d'un repli tactique, en attendant l'entrée en jeu du secrétaire général du Hezbollah, dans une nouvelle prestation télévisée prévue demain soir, ou bien d'une révision à la baisse des ambitions, dans la mesure où le cap de la majorité absolue, nécessaire pour que le vote aboutisse à un résultat concret, semble hors de portée en Conseil des ministres ?
Quelle que soit la réponse, un fait demeure certain, relèvent de nombreux observateurs. Comme il a été dit et redit ces derniers jours, le véritable enjeu de l'échéance d'aujourd'hui va au-delà de la destination finale du dossier des « faux témoins » ; il concerne plutôt la tentative de remise en question de l'équilibre des forces au sein du gouvernement.
Cet enjeu, si l'on ose dire, se trouvait physiquement à Damas hier et comptait y passer la nuit. Il s'agit naturellement de Walid Joumblatt, parti expliquer une nouvelle fois aux dirigeants syriens les bienfaits du centrisme... Ou bien, pour dire les choses plus directement, requérir l'autorisation pour lui-même de rester au centre, de dire « non » aux pressions « annexionnistes » de plus en plus fortes à son égard de la part du 8 Mars.
Sans vouloir préjuger du résultat de la démarche joumblattienne, le moins qu'on puisse dire est qu'elle se présentait plutôt mal hier. Les nuits damascènes n'étant pas nécessairement plus agréables que celles de Clemenceau ou de Moukhtara, l'unique raison qui inciterait un homme politique libanais à passer plus d'une journée sur les bords du Barada tiendrait plutôt au fait qu'il n'a pas encore obtenu de réponse à sa requête. Et, justement, on apprenait hier soir que M. Joumblatt n'avait pas été reçu jusque-là par le président syrien Bachar el-Assad.
Contraindre ses obligés à faire antichambre est une vieille tradition du régime syrien, bien connue, hélas, des hommes politiques libanais. Mais l'ambivalence en est une autre, car à côté de l'accueil timoré réservé à M. Joumblatt, Damas envoyait aux Libanais un signal contraire, par le biais cette fois-ci de ses alliés directs. C'est ainsi que l'ancien député Élie Ferzli, sortant d'un entretien avec le président de la Chambre Nabih Berry, évoquait hier « la nécessité, pour débloquer les institutions, de transgresser le point principal de l'ordre du jour du Conseil des ministres », à savoir le dossier des « faux témoins ». Et d'ajouter, de manière encore plus explicite, que « M. Berry et tous les hommes de raison au Liban s'interrogent sur la différence qu'il y a entre Cour de justice et justice ordinaire ». En outre, d'autres amis de la Syrie, comme l'ancien ministre PSNS Ali Kanso, excluaient « pour le moment » un recours à la rue de la part de l'ex-opposition.
Au sein même du Hezbollah, le discours se faisait plus nuancé. Un député du parti, Ali Mokdad, est allé jusqu'à déclarer : « Après tout, que les faux témoins soient déférés devant la justice ordinaire. L'essentiel pour nous est qu'ils soient jugés. » Après la campagne homérique de ces dernières semaines, cette phrase sibylline peut paraître comme un signal de retraite précipitée.
Mais ce n'est pas tout à fait le cas. Sachant précisément que la « patate chaude » que représente l'affaire des « faux témoins » s'est singulièrement refroidie ces jours derniers, et qu'en tout état de cause ce dossier n'irait pas loin, le Hezbollah a transposé l'enjeu de sa bataille en ciblant à présent le vote des trois ministres joumblattistes. Car même s'il n'obtenait pas un résultat satisfaisant au sujet des « faux témoins », le seul fait d'avoir réussi, le cas échéant, à faire basculer M. Joumblatt dans les rangs du 8 Mars marquerait pour lui un gain plus que substantiel.
Et c'est justement parce qu'il est conscient de ce risque que le Premier ministre, Saad Hariri, qui fait preuve jusqu'ici d'une solide fermeté au sujet du TSL et des « faux témoins », s'oppose avec son camp à tout recours au vote si celui-ci devait donner un avantage, même relatif, au 8 Mars. Sur cette question, M. Hariri peut compter sur l'appoint du président de la République, Michel Sleiman, visiblement soucieux de préserver, autant que faire se peut, le fragile équilibre gouvernemental.
Les enchères pour la séance d'aujourd'hui restent donc élevées, mais la sonnerie du tocsin s'est tue ou affaiblie. Sous réserve de l'évolution de la situation aujourd'hui et demain, notamment avec le discours de Hassan Nasrallah, c'est le « business as usual » qui repart, dirait-on.

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