Les efforts en cours pour éviter que l'affaire dite des faux témoins ne fasse exploser le Conseil des ministres pourraient en fin de compte aboutir, mais les divisions autour du TSL restent les mêmes.
La séance du Conseil des ministres prévue initialement aujourd'hui n'aura donc pas lieu. Ainsi en a-t-on décidé en haut lieu, afin de permettre aux démarches entreprises à l'intérieur comme à l'extérieur pour trouver une issue médiane à la querelle de porter leurs fruits.
Mais les efforts en cours visent surtout, au-delà de la question des faux témoins, à promouvoir l'apaisement en règle générale. C'est dans ce cadre qu'il convient de placer la signification de la rencontre qui a eu lieu hier entre les ambassadeurs d'Arabie saoudite et d'Iran à Beyrouth.
C'est aussi dans ce contexte que s'inscrivent les efforts du président de la République, Michel Sleiman, déterminé à éviter que le Conseil des ministres n'en arrive à la procédure de vote, susceptible de faire éclater définitivement le peu qui reste de la cohésion gouvernementale.
C'est dans le même sens, enfin, que vont les démarches du chef du PSP, Walid Joumblatt, qui continue, vaille que vaille, à défendre sa position « centriste » en prenant soin de doser ses observations et ses critiques dans un sens comme dans l'autre. Ainsi, hier, M. Joumblatt a souligné que le Liban « n'avait que faire » des récents propos tenus par le Premier ministre syrien, Mohammad Nagi Otri, qualifiant le 14 Mars de « temple en carton », car de telles déclarations donnent, selon lui, « de la matière aux isolationnistes ».
À ceux qui, d'autre part, lui reprochent de s'en tenir à des positions en demi-teinte, le chef du PSP a rétorqué, implicitement, qu'il a déjà beaucoup donné (au camp prosyrien) et qu'il lui fallait conserver un minimum de crédibilité pour « pouvoir parler aux Américains et aux Français ».
Et M. Joumblatt d'égratigner au passage le chef du CPL, le général Michel Aoun, à qui il a nommément reproché de ne « pas aider » les efforts d'apaisement. Le chef du PSP faisait allusion à la campagne reprise par le Bloc du changement et de la réforme sur la gestion financière des gouvernements haririens. Une campagne qui, justement, s'amplifie à mesure que celle concernant les faux témoins s'essouffle.
Des prises de position de divers responsables politiques, il ressortait hier que les possibilités de succès des démarches autour de cette dernière question soient réelles à court terme, sans que cela ne permette cependant de réduire le désaccord autour du Tribunal spécial pour le Liban.
Le ministre d'État, Adnane Sayyed Hussein, proche à la fois du chef de l'État, mais aussi des milieux chiites, a indiqué que les membres du gouvernement n'ont pas été notifiés jusqu'ici de la tenue d'une séance dans les jours qui viennent. « Nous ne savons pas si nous allons nous réunir cette semaine ou la semaine prochaine », a-t-il dit. Certaines sources notent que ce rendez-vous pourrait être reporté au plus tôt à mercredi prochain, le Premier ministre, Saad Hariri, étant attendu lundi à Londres.
Le compromis envisagé ces jours-ci consisterait à confier à la chambre pénale de la Cour de cassation le soin de décider de la juridiction compétente pour se saisir de l'affaire des faux témoins, le gouvernement n'étant pas habilité à se prononcer lui-même sur ce plan.
Quoi qu'il en soit, « le consensus ne peut pas se faire aux dépens du droit. Il consiste simplement à trouver le mécanisme qui placerait le dossier dans son contexte légal », a expliqué M. Sayyed Hussein. Il n'empêche qu'aux yeux du ministre du Tourisme, Fady Abboud, « toute solution ne peut être que politique, pas juridique ». Selon lui, un règlement de ce dossier « passe par l'existence d'une volonté claire et franche de juger les faux témoins de manière transparente ».
De son côté, Yassine Jaber, député proche du président de la Chambre, Nabih Berry, a assuré que le dossier des faux témoins est « en route vers un début de solution ». « L'ajournement de cette semaine est un indice de l'existence de concertations en vue d'un règlement qui satisferait toutes les parties », a-t-il noté, évoquant une solution « médiane ».
De même, le député Joseph Maalouf, du bloc de Zahlé, a indiqué que « des tentatives sont en cours pour trouver des solutions en attendant la parution de l'acte d'accusation » dans l'affaire Rafic Hariri.
Ces déclarations optimistes ne peuvent toutefois faire oublier l'essentiel. « Le désaccord reste entier. Il n'a pas encore été tranché », a ainsi reconnu le ministre du Travail, Boutros Harb, à l'issue d'entretiens au Caire avec le Premier ministre égyptien, Ahmad Nazif, et le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul Gheit.
De fait, les positions sur le fond restent aussi radicales des deux côtés. Dans les milieux du 8 Mars, certains, comme l'ancien député Oussama Saad, vont jusqu'à réclamer que le TSL soit purement et simplement dessaisi de l'affaire Hariri au profit de la justice libanaise. D'autres, comme le député Émile Rahmé, continuent de réclamer pour le moins le transfert du dossier des faux témoins à la Cour de justice.
Et dans les rangs de la majorité, la virulence de ton reste très élevée. « Tout le monde sait que nous traversons aujourd'hui une crise artificielle qu'ils attisent avec des arguments illusoires », a lancé le ministre de l'Éducation, Hassan Mneimné. « Nous l'avons dit et nous le répéterons chaque jour s'il le faut : l'assassinat de Rafic Hariri équivaut à celui d'une nation et nous ne permettrons à personne de faire en sorte que cette affaire devienne un incident que l'on est censé surmonter », a-t-il dit. « Arrêtez de tromper l'opinion. La vérité sera connue et la justice est la voie unique vers la stabilité. Cessez de vous faire des illusions en suggérant d'autres possibilités », a-t-il fait savoir.

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