La visite du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, au Liban, le sommet syro-saoudien de Riyad, et même la visite surprise du secrétaire d'État adjoint pour le Moyen-Orient, Jeffrey Feltman, à Beyrouth : autant de facteurs qui, semble-t-il, ont contribué à apaiser les esprits en attendant, peut-être, l'issue du Conseil des ministres de demain.
À part quelques voix discordantes, c'est de manière générale un discours apaisant qui se tient au sein du camp du 8 Mars. Le ministre de la Santé, Mohammad Jawad Khalifé, a estimé que M. Feltman est venu à Beyrouth « pour rappeler la présence de Washington ». Il a indiqué qu'il n'y a pas de volonté d'escalade en Conseil des ministres. « C'est hors de question », a-t-il dit, en précisant que les contacts en prévision du Conseil des ministres n'ont pas encore commencé et que le 8 Mars maintient sa position concernant le dossier des faux témoins. Selon lui, le climat général dans le pays « s'oriente vers davantage de dialogue et d'apaisement ».
Le député Fayçal Daoud a pour sa part relevé que « le discours modéré du président iranien a permis d'atténuer la tension tout en réaffirmant l'attachement de Téhéran à l'entente et à l'unité nationale au Liban », alors que le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, soulignait son soutien à tout effort « arabe, islamique et international susceptible d'aider le Liban à sortir de la crise ».
Dans une déclaration, cheikh Kabalan a aussi invité les Libanais à régler « sagement et raisonnablement » leurs problèmes, mettant en garde contre « l'impulsivité et l'improvisation » dans le traitement de questions d'ordre national. Il a aussi souligné la nécessité d'« améliorer la qualité du discours politique », avant d'affirmer soutenir « le sommet syro-saoudien qui est à même de régler les problèmes de manière à prémunir la région contre les dangers de discorde et des susceptibilités confessionnelles ». « Si nous coopérons avec le président (syrien, Bachar) Assad et le roi Abdallah, nous ne pouvons qu'aboutir à de bons résultats », a jugé cheikh Kabalan.
Lui faisant écho, le chef du conseil chérié du Hezbollah, cheikh Mohammad Yazbeck, a mis en relief « la fraternité qui doit prévaloir et qui peut permettre de démentir les craintes d'une discorde ou de troubles au Liban », alors que le député hezbollahi Ali Fayad relevait que le président iranien « a adressé un message de bonnes intentions au double plan local et régional ». « Réagir positivement à ce message est de nature à contribuer au maintien de la stabilité interne et à barrer la voie aux discordes et aux conflits », a déclaré M. Fayad.
L'ancien président Émile Lahoud a qualifié d'« historique » la visite du président iranien, au terme d'un entretien avec l'ambassadeur d'Iran, Ghadanfar Rakan Abadi. Répondant aux questions de la presse, ce dernier s'est abstenu de commenter la visite de M. Feltman et s'est contenté d'affirmer : « L'important est de continuer à mettre en application les positions qui correspondent à 100 % avec les principes de la République islamique d'Iran et de faire en sorte que les victimes d'injustice puissent récupérer leurs droits. » M. Abadi a indiqué, en réponse à une autre question, que le dossier du rééquipement de l'armée est actuellement sous étude et qu'il est suivi aussi bien par Beyrouth que par Téhéran, affirmant que le Premier ministre, Saad Hariri, est attendu prochainement en Iran.
Seules voix discordantes, celles de l'ancien ministre Wi'am Wahhab et du chef du Baas prosyrien, Fayez Chakar. Devant ses visiteurs, M. Wahhab a menacé de « prendre des positions précises et des mesures sévères contre tous ceux qui réagiront favorablement au jeu international visant le Liban et la Résistance à travers le Tribunal spécial pour le Liban ». Dans le même temps, son parti, al-Tawhid, publiait un communiqué fustigeant la visite de M. Feltman au Liban et dénonçant « les ingérences américaines éhontées dans les affaires locales, dans le seul but d'entraver les efforts déployés pour sortir le Liban de la crise ». Abondant dans le même sens, M. Chakar, qui a été reçu hier par le président de la Chambre, Nabih Berry, a dénoncé la visite surprise du responsable américain. Selon lui, le fait même que M. Feltman soit venu sans rendez-vous préalable dénote « à quel point il prend le Liban à la légère ». « Ce message, a-t-il ajouté, est adressé à tous ceux qui suivent encore la politique américaine. » M. Chakar, qui a rendu un vibrant hommage au président iranien, a estimé que la visite du sous-secrétaire d'État américain « n'est pas dans l'intérêt du Liban ».
Quoi qu'il en soit, les visiteurs de Damas hier, notamment le député Talal Arslane et Ali Fouad Makhzoumi, ont souligné l'attachement de la Syrie à la stablité du Liban. Les deux ont été reçus par le président syrien, Bachar el-Assad.

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